Maison Becleu

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 Val André, 1999-2020

Cette maison expérimentale transforme une bâtisse existante, proche de la ligne de crête qui domine la baie de Saint-Brieuc. Il s’agit d’une Maison de Verre organisée par deux belvédères – une tour et un pont – qui se font face et constituent l’un le paysage de l’autre, et deux passages perpendiculaires sous les maisons. Le projet crée de très longues terrasses qui appuient l’architecture sur une dimension territoriale. Après de nombreuses tentatives de négociations, ce projet a été retenu comme s´intégrant dans le site par le tribunal administratif de Rennes et fait donc l´objet d’une jurisprudence exemplaire. 

La maison continue
La maison continue est une succession de projets qui se déroulent dans le temps, deux décennies aujourd’hui ; d’autres projets sont en préparation.
La maison est après chaque projet à chaque fois terminée.
La maison continue n’est pas une maison qui ne serait pas terminée.
Chaque nouveau projet considère ce qui existe comme une donnée de départ.
L’existant à un moment donné est virtuel, il déclenche le potentiel à venir.

La maison expérimentale
La maison expérimentale choisit ses interventions qui ne concernent pas la totalité de l’architecture. Elle ne se soumet pas à une vision totale ou finie. Elle expérimente, elle ne compose pas, elle se concentre sur ce qu’elle vient de faire, elle n’étend pas à toute la maison ce qu’elle vient d’expérimenter.
La maison expérimentale s’abstrait ici de toutes les règles des DTU et de sécurité, ainsi la conception des façades et l’épaisseur des verres ( 3m de portée, 6 mm) et il n’y a pas non plus de garde-corps.
La maison expérimentale est une tradition de l’histoire de l’architecture.
Les visiteurs qui y cherchent leurs références mentionnent Aalto, Eames, Lina Bo Bardi, Prouvé. Architectes, historiens et théoriciens de l’architecture, nous n’avons pas de références ni de tendance. Nous utilisons les dispositifs de l’architecture.

Cœur vide
Le centre actuel de la maison est constitué par une terrasse suspendue entourée de 2 bâtiments de même longueur au sud et au nord – la cube et le pont – partiellement par la roche à l’est et un caillebotis au-dessus d’un escalier à l’ouest.

Un cœur vide rassemble la maison

 

 

Le cube et le pont
Un des premiers projets a été refusé par le CAUE 22 et nommé « le cube de verre opaque de 11 m de haut » avant d’être accepté par le tribunal administratif. Un autre projet a été désigné comme « le pont, viaduc de Millau » par une association locale de défense du patrimoine. La boite et le pont sont des expressions amusantes qui sont restée dans l’histoire du projet.
Le cube et le pont sont des dispositifs architecturaux, perceptifs, psychiques… Ils n’ont pas de fonction propre, leur fonction est de déclencher la perception, l’imaginaire, le récit. Ils invitent et déclenchent la scène de l’architecture, sa cinématographie.
La maison est faite de dispositifs et d’ambiances, deux catégories de la théorie du cinéma qui décrivent le comique et le mélodrame. La maison continue est cinématographique parce qu’elle organise les plans en permanence au travers des différents niveaux, des escaliers, trouées, des changements de lumière.
Le cube et le pont n’ont pas de références architecturales, ils utilisent l’alphabet de l’architecture tel qu’il est. Ils n’ont pas d’esthétique particulière qui serait ici déplacée. Le projet est un retour aux grandes oppositions anthropologiques qui sont contestées.

Le cube
Le cube s’avère être une architecture qui absorbe le paysage proche comme le lointain qui se superposent dans leur reflets. Le cube absorbe ce qui l’entoure dans une luminosité extrêmement mobile. Le cube liquéfie tout ce qu’il capte.
La boite « expose » ce qui se trouve à l’intérieur, tout d’abord les personnes qui sont valorisées et transformées dans cet espace, les meubles sans histoire ou célèbres (Bellini, Rossi..) et les objets accumulés au hasard des visiteurs qui les ont amenés et déposés. Le cube est une architecture d’exposition, une vitrine à la dimension augmentée à l’échelle d’une architecture.
Le cube installe et transforme les personnes au centre d’un arc paysager qu’il a créé.

Le pont
Le pont n’a pas d’usage déterminé. Il est une promenade d’été, un jardin d’hiver, un observatoire des animaux sauvages, un atelier, un bureau de méditation.
Ouvert et fermé, il est un objet paysage.
Il est un fond de scène depuis le cube, une ligne de crête.
Depuis le nord il est une structure minimaliste qui montre le cube.


Etrangeté 1 Non intervention
Il n’y a pas eu d’intervention sur l’esthétique de la maison existante (fin des années 40). Les enduits d’époque, les huisseries, les corniches et modénatures n’ont pas été changées.

Etrangeté 2 Transluscence
Le cube et le pont ne sont pas caractérisés par la transparence moderniste mais par la transluscence créée par les reflets démultipliés, le mouvement des nuages et de la lumière, la brume ou la condensation.

Etrangeté 3 .Paradis
Le paradis est une catégorie oubliée de l’architecture. Historiquement, le paradis précède les utopies du 19° siècle et les cités idéales de la Renaissance. Le paradis est le présent. Le paradis est paradoxal car il n’y a pas d’architecture au paradis, le climat y est accueillant, on ne protège ni de la pluie ni des voleurs, la pudeur n’a pas été inventée. Sans masculin ni féminin, pas besoin de vêtements, et encore moins besoin de se cacher. On n’ouvre ni n’enferme, il n’y a ni bien ni mal, ni vérité ni mensonge. Il n’y a pas de haut et de bas.
La maison continue est construite sur cette contradiction archaïque : comment faire la maison du paradis quand il n’y a pas d’architecture au paradis.
La maison continue devrait être invisible mais elle produit aussi le contraire :
Invisible : La maison est traversée visuellement de tous côtés et les lignes constructives y sont effacées.
Visible : la présence formelle de la maison est particulièrement forte, révélée par la lumière.

Etrangeté 4 Effacement au paradis
Architecture au paradis, tous les éléments ont été effacés :
– Les poteaux sont devenus des meneaux.
– Les huisseries d’origine de la maison initiale ont été emballées dans une façade rideau.
– Les menuiseries des nouvelles huisseries ont été effacées.
– Les limons des escaliers sont devenus trop minces.
– Les plinthes ont disparu.
– Les luminaires ont disparu remplacés par les lampes elles-mêmes.
– Les garde-corps ont disparu.

Etrangeté 5 : Sans affectation, Haut bas
Les différents espaces de la maison n’ont pas d’affectation. Chaque espace est à la fois une chambre, un séjour, une salle de jeu ou de gymnastique, un espace de travail.
Projet dans la pente, elle n’a pas de haut ni de bas, ni d’entrée définie. (D.Rouillard, Building the slope).

Absorber le paysage
Les limites entre le paysage et la maison sont en permanence incertaines, créées par :
– La manipulation totale des sols rocheux jusqu’aux limites du parc.
– Des trouées ni intérieures ni extérieures Est Ouest et Sud Nord.
– Des circulations complexes par des escaliers extérieurs et intérieurs dans la pente
– Le pont et le cube vus l’un depuis l’autre sont des objets-paysage. Chaque élément vu depuis l’autre est un extérieur, un objet dans le paysage.

Après la construction…. La construction comme couture
Les façades sont des surfaces « floues » qui ne renvoient pas à des images habituelles :
– Des profilés de toiture de serre sont posés horizontalement tandis que les profilés de serre traditionnels sont posés verticalement. Dans cette rotation on perd la référence à la serre.
– La façade ne renvoie pas non plus à une façade rideau : le joint de profilé est bien un joint de serre de très faible épaisseur.
– Il n’y a pas de meneaux verticaux. Le verre repose directement aux angles sur les poteaux de la structure, mais les poteaux sont peu perceptibles et sont traités comme des meneaux. Le verre rejoint parallèlement le milieu des ailes des profilés HEA et perpendiculairement les extrémités des ailes des profilés. Le profilé HEA est ainsi effacé tout en demeurant visible comme meneau « en creux ».

– Les efforts au vent sont repris par les profilés de serre redoublés par un profilé acier détaché de l’ensemble.
La construction comme couture a été proposée par Alain Guiheux dans l’exposition L’Art de l’ingénieur (1993) au Centre Pompidou. La construction est devenue une pensée de la surface profonde. Il n’y a plus eu dès lors de nécessité de différencier construction et architecture, ou structure et revêtement, un des plus anciens paradigmes de l’architecture.

Les toitures du cube sont composées de 3 épaisseurs : en sous face apparente et en étanchéité des plaques alvéolaires translucides et en surface, des dalles gazon en PVC qui cassent les rayons du soleil.

On ne peut avoir une lecture structurale du pont. La structure est décalée ou déréalisée :
– Les fixations au sol du pont sont toutes différentes et possèdent chacune leur logique propre.
– Les poutres elles-mêmes ont une finesse particulièrement inhabituelle (1/50° de la portée) qui est permise par le renvoi dans les fondations de tous les efforts de la structure totalement encastrée.

Les échanges avec Jean-Marc Weill et Robert-Jan Van Santen ont consisté à interroger les habitudes et incorporations diverses, à provoquer leur intelligence et leur réactivité à nos propositions improbables qu’ils ont acceptées dans ces projets expérimentaux.

 

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